Le point de vue de l'anthropologue 1

Publié le par Guillaume Fortin

Chapitre II

Squat et mixité

On connaît mal, à vrai dire, les mécanismes par lesquels une culture populaire, éventuellement une contre-culture, modifient les objets urbains constitués ou les modèlent. Cette réflexion invite simplement à penser que les modes d’habiter ne sont pas le simple reflet des inégalités ou même des conflits sociaux en tant que tels ; il faudrait chercher, à travers la grille urbaine, les manifestations de liberté, les revendications d’autonomie, la construction du collectif ou la défense du privé, en marge des hiérarchies sociales reconnues.

 

Marcel Roncayolo.

 

 

J’entends pour la première fois parler du SLAAF (Sans Local d’Activités Artistiques Fixes) en décembre 2000, lorsqu’un ami avocat m’informe de l’existence d’un squat d’artistes dont il prend en charge la défense. Le 14 décembre 2000, soit un mois après l’ouverture du squat, je me rends place de Lorette, à quelques pas de la Vielle Charité. Je frappe à la grande porte d’entrée. On me demande « qui c’est », avant de m’ouvrir et de me souhaiter la « bienvenue ». Si le fait d’être une jeune femme m’a parfois semblé être un handicap au cours de mes enquêtes de terrain, comme je l’évoquais dans le cas des jeunes errants, souvent aussi, je perçois ces « discriminants de rôle » comme un atout : on ne se méfie guère de moi, dans un contexte de suspicion où l’on redoute l’intrusion de celui (policier en particulier) qui pourrait mettre en péril la vie du squat.

Selim, que je rencontre pour la première fois, me propose d’entrer et me fait faire le tour du squat. C’est tout à fait différent du CAJU : nous sommes dans une friche industrielle, qui s’avère être une ancienne menuiserie-ébénisterie. Deux très grandes pièces, profondes et hautes de plafond, sont séparées par un couloir. Un escalier descend de l’une d’entre elles vers un sous-sol où plusieurs petites pièces se succèdent. Quelques hommes et une jeune femme discutent autour d’une table dans l’une des grandes salles du haut, un autre est en train de s’affairer sur un vélo. La pièce est presque vide. C’est propre, quelques tas de gravats demeurent, un grand nettoyage a dû être fait.

Je commence à expliquer qui je suis, mais les occupants ont déjà entendu parler de moi (par mon ami avocat et par une occupante de l’Huilerie). Rabah, journaliste algérien, dit qu’il « m’attendait » : il a déjà prévu de m’interviewer pour une émission de radio qu’il veut faire sur les squats. Les occupants ont besoin de soutiens et le travail du lien est au cœur de leurs activités : j’aurais certainement été tout aussi bien accueillie si j’avais été danseuse, voisine ou simple sympathisante. La situation quoi qu’il en soit me convient : je peux tout de suite rendre quelque chose et ma curiosité se fait moins déplacée. Ce premier jour, les occupants m’expliquent les raisons de leur occupation, la manière dont ils s’organisent. Je reste près de trois heures dans le squat. Une petite dizaine de personnes est passée durant ce laps de temps, essentiellement me semble-t-il des gens du quartier.

La très grande mixité du SLAAF est ce qui m’a principalement intéressée. Je n’ai en effet connu aucun autre lieu, qu’il soit squat d’activité, de pauvreté ou de passage, dans lequel aient cohabité des individus aussi différents sur le plan des trajectoires sociales, on pourrait même dire des habitus. Nous l’avons vu, le CAJU accueille une grande diversité. Mais le groupe fait barrage à ceux qui le menacent, et qui sont souvent plus pauvres, plus jeunes, plus « étrangers », plus agressifs, plus « délinquants ». Or au SLAAF, les jeunes artistes vont cohabiter, au sens premier du terme, avec des « jeunes du quartier » et des jeunes errants. Cette mixité, on ne la retrouve guère dans d’autres situations urbaines contemporaines (où ces mondes se croisent dans l’espace public, mais où les zones de contact plus durables sont inexistantes). Comment les habitants peuvent-ils alors habiter, si telle est leur préoccupation ? Quel intérêt les jeunes du quartier ont-ils à investir cet espace et quels usages en font-ils ? Que produit ce type de coprésence, quels types de rencontres ou de non-rencontres, d’échanges s’il y en a ? Le squat, on le verra, se révèle ici en tension permanente entre une ouverture à la fois souhaitée et subie par ses habitants initiaux.

Je retourne au SLAAF une semaine après cette première visite, puis une trentaine de fois jusqu’à leur départ du lieu en avril 2002 (un an et quatre mois après leur installation). L’essentiel du terrain se déroule dans les premiers mois de la vie du squat, puisqu’en février 2001, je commence à habiter à plein temps à l’Huilerie occupée. Mes visites au SLAAF se font généralement à l’improviste. Je reste la plupart du temps plusieurs heures à discuter avec les uns et les autres, à observer les passages, les usages de l’espace, les activités. J’essaie d’assister aux moments importants de la vie du squat (l’audience en justice, les journées Portes Ouvertes, les soirées).

Outre les notes prises au cours des observations directes, je dispose de deux entretiens enregistrés avec des occupants, au début et à la fin de la vie du squat. Ces entretiens sont de nature très différente : le premier concerne Réda, qui se présente (et est présenté par les autres membres du collectif) comme un « professionnel du squat ». L’entretien a été effectué en début d’enquête, dans un café situé à proximité du squat. Il dure à peine plus d’une heure. Il porte essentiellement sur la trajectoire sociale et artistique de Réda, ainsi que sur d’autres squats qu’il a fréquentés, mais peu sur le SLAAF, qui débute et sur lequel il n’a visiblement pas envie de s’étendre. Réda se dit ensuite éprouvé par l’évocation de souvenirs et je sentirai tout au long de notre échange que certains moments ou sujets ne sont pas abordables, parce que trop angoissants. Le second entretien se déroule à mon domicile et dure près de quatre heures. François quant à lui s’exprime avec aisance, il se dégage de lui une grande assurance. Lorsque je l’interroge, le SLAAF existe depuis plus d’un an et François a déjà beaucoup réfléchi : il analyse tout autant qu’il raconte. Il me transmettra plus tard deux textes qu’il a écrits à propos du squat, à teneur théorique et philosophique (il est licencié en philosophie). L’entretien de François retrace les étapes de la vie du squat, les impressions des occupants, les motifs de conflit… Il est pour une large part orienté vers le récit des interactions entre les artistes squatters et les « jeunes du quartier ». Il sera abondamment cité dans les pages qui suivent.

Ces entretiens sont restitués dans un ensemble plus large de données, produites par l’observation directe et d’autres entretiens conduits de manière informelle tout au long de l’enquête, avec d’autres habitants du squat et des « visiteurs », passagers ou réguliers. Comme pour le CAJU, je récolte aussi les « écrits du squat » : journaux édités par les squatters, affiches, pétitions… Enfin, je récupère le dossier juridique du squat, que j’ai pu photocopier en intégralité. Le matériau est riche, qui comprend les échanges de courrier et de pièces entre les avocats des deux parties adverses, ainsi que les requêtes de la Ville (propriétaire des lieux) et les conclusions de la défense.

Aux origines du squat : la concordance des temps

A la question pourquoi, les sciences sociales substituent souvent celle du comment. L’ambition en prend un coup : du métaphysique, on passerait au « simple » registre descriptif. La facilité n’est pourtant qu’apparente : dans ce comment se superposent des niveaux de réalité qu’il est complexe de restituer avec justesse. Nous nous y essaierons ici avec le SLAAF, en tentant de comprendre comment un groupe de sept personnes dont une seule a déjà squatté se retrouve à occuper pendant près d’un an et demi un bâtiment désaffecté.

A l’exception de Réda, les artistes du SLAAF ne sont pas aguerris à la pratique du squat, loin s’en faut. Si plusieurs ont déjà fréquenté des squats artistiques, l’occupation sans droit ni titre ne leur est pas familière. Le projet initial se portera d’ailleurs sur une location. Il sera modifié par la découverte du 1, place de Lorette et de ses potentialités.

 Car l’existence du SLAAF relève presque, à première vue, de l’accident. Elle naît plutôt d’une série de concordances, celle en particulier qui fait rimer des besoins, des envies, et la potentialité que constitue le lieu. Le besoin de se loger de certains croise le projet porté par d’autres de trouver un local où se réunir et pratiquer leur art, et la découverte du bâtiment vient parachever le tout – dans une forme illégale non imaginée a priori. C’est sur le déroulement et les conditions de possibilité de telles rencontres que nous nous interrogerons, avant d’entrer plus avant dans la vie du squat et de ses habitants.

Une histoire de rencontres

« Est-ce que tu peux me raconter comment ça a commencé, quand et comment ça a commencé ?

Quand et comment ça a commencé… Alors, pour reprendre… Bon, il y a plusieurs choses qui se sont passées en même temps, mais disons que nous on était trois déjà à chercher un lieu sur le Panier, Selim, Eva et moi. On voulait essayer de louer un petit local, tu vois, pour faire un bureau, une association, peut-être des expositions. Et puis on a rencontré Rabah au même moment, et notamment aussi Yaz, tu sais, le peintre du Panier, parce qu’à cette époque là il faisait un truc à la librairie Parenthèse sur l’Algérie (...). Selim, je le connaissais déjà depuis un moment, et Eva, Selim la connaissait des Beaux-arts de Marseille. Et Rabah on l’a rencontré à cette période là. Moi je l’avais vu pendant le truc où j’avais été avec Yaz sur l’Algérie, et Selim l’avait rencontré au Panier et avait pas mal discuté avec lui. Et ensuite, qui y’avait d’autre... Ben Franck c’est pareil, il avait dû discuter avec Selim, lui il faisait pas mal de sculptures à cette époque là, donc il était intéressé aussi, il habitait juste à côté, il était du Panier. Et puis Réda c’est Selim aussi, Selim il rencontre tout le monde ! Et donc pareil, comme il avait eu vent de ce truc, il lui avait dit : "Ca te dirait pas de venir, on peut ouvrir un grand local, tu pourrais faire des trucs dedans", puisque Réda lui avait dit qu’il faisait du théâtre, et voilà, quoi. Voilà à peu près ».

François, 11 février 2002, entretien n°30.

 

Au départ de l’histoire du SLAAF, comme au départ de chaque squat d’activités, il y a donc rencontre. Les futurs occupants du SLAAF ne se connaissent pour la plupart que depuis quelques semaines, voire quelques jours quand l’ouverture est décidée. Bien qu’il y ait déjà interconnaissance voire amitié entre certains des futurs habitants, le collectif à proprement parler (c’est-à-dire les personnes qui se réclameront ensuite du SLAAF) se forme en même temps que le squat : il ne le précède pas. Comme dans le cas du CAJU, seules deux ou trois personnes sont à l’origine de l’ouverture ; le squat produit le groupe, non l’inverse.

Le quartier du Panier, on le voit, a joué un rôle fondamental dans la constitution du collectif. C’est par une sociabilité de voisinage que la plupart des occupants se sont connus, en particulier dans un bar qui, tout au long de la vie du squat, en constituera une sorte de relais. Tous les futurs occupants du SLAAF habitent alors le Panier. Selim semble être au centre du réseau qui se met en place. Il connaît depuis quelques mois François, qui l’héberge lorsqu’il en a besoin, ainsi qu’Eva, avec laquelle il a fait les Beaux-arts. Tous trois réfléchissent d’abord à la possibilité de louer ensemble un espace de travail. La rencontre des habitants fait alors concorder objectifs et désirs, nécessités et occasions. Si le projet culturel est premier, il se double bientôt d’un besoin de logement qui tous deux trouveront à s’articuler dans l’opportunité que constitue le lieu trouvé.

Un projet culturel « ouvert »

La liste des occupants établie par leur avocat lors d’un passage dans le squat peu après son ouverture comprend six des sept squatters initiaux, plus six autres personnes, dont deux qui resteront actives dans le squat. Outre leurs noms et date de naissance, leur activité est indiquée. En voici la liste (nous commençons par les squatters « connus ») :

Yaz : 38 ans, artiste peintre.

Eva : 26 ans, RMI, diplômée des Beaux-arts en 2000. Photographe.

Réda : 33 ans, RMI, metteur en scène.

Selim : 27 ans, RMI, artiste.

François : 25 ans, étudiant en DEA cinéma. Réalisation de courts métrages/ Animateur culturel auprès de la ville de Marseille.

Rabah : [date de naissance non mentionnée. Il a alors 51 ans]. Journaliste, écrivain.

Daniel : [date de naissance non mentionnée. Age inconnu]. Chômeur musicien.

Boris : 24 ans. Infographiste.

Pascal : 24 ans. Technicien intermittent du spectacle.

Christelle : 40 ans. Relations culturelles, vidéaste, auteur.

Julie : 23 ans. Professeur d’arts plastiques, plasticienne.

Rachid : 28 ans. RMI.

Prises de notes de l’avocat, Dossier avocat.

 

A l’exception de Rachid dont nous ne savons pas grand-chose sinon qu’il perçoit le RMI, tous les participants à cette réunion ont des activités qui touchent à la culture, soit comme technicien (c’est le cas de Boris), soit comme « artiste ». Beaucoup sont dans une situation économique précaire puisque quatre sur douze déclarent être au RMI, un autre est chômeur. Leurs niveaux de diplômes, de revenus, leur insertion professionnelle et administrative sont très hétérogènes. Mais leur intérêt pour les « choses de l’art » les rassemble, et les conduit à unir leurs forces afin de construire un projet collectif.

L’association SLAAF a pour but de mettre à disposition ses espaces à des créateurs de différentes disciplines artistiques, ne disposant pas de lieux de création, pour une période définie selon la nature et l’importance des projets. Cette association est également un lieu de diffusion, de rencontres et de transmission de pratiques artistiques. 

SLAAF, statuts de l’association

 

L’objet du SLAAF est d’abord de fournir un espace de travail à des artistes qui en sont privés. Le manque d’ateliers sur le marché de la location et le manque de moyens financiers y sont pour beaucoup. On cherche avant toute chose un espace disponible, quel qu’il soit, où entreposer du matériel et s’exercer. Mais tout n’est pas là. Les artistes du SLAAF expriment aussi une volonté de « décloisonnement ». Celui-ci revêt deux dimensions : l’ouverture de l’artiste vis-à-vis des autres créateurs (et des spectateurs), l’immersion de l’art dans les autres domaines de la vie sociale. De manière générale, l’aspect collectif des squats artistiques outrepasse la simple coprésence : il participe de l’intention de partager des expériences et des idées, de rendre l’art fluide, l’œuvre accessible. François évoque ce principe dans un texte théorique rédigé après quelques mois d’existence du squat :

Ainsi donc, si la production du SLAAF doit être rapportée à un espace intensif de type espace lisse, c’est que son processus lui-même est de cette nature. Processus intensif de déplacement au sein d’un espace de création (ou de production) toujours mouvant, faisant que le tableau commencé par untel pouvait être continué par un autre, ou bien taggué, bariolé ou même totalement recouvert afin d’être repeint ; faisant aussi de chaque installation un lieu ouvert de déplacement, ou quelqu’un pouvait venir y récupérer une pièce pour une autre installation, ou bien un outil, un balaie, une assiette, des couverts ou un chauffage ; ou bien encore, en sens inverse - mais peu importe le sens de communication- installation se transformant par l’apport d’un autre, l’ajout d’une pièce qui fait écho et résonance, signe, parfois message ou trait d’humour. Bref, qu’une sculpture, une photo ou un tableau puissent être récupérés pour faire partie d’une autre installation, ou bien que cette installation elle-même soit en devenir, qu’elle puisse se déplacer dans l’espace de l’atelier, lui-même changeant car investi par ces mouvements incessants qui font de lui un espace à la fois toujours installé et toujours à installer, que l’on puisse repeindre un tableau  ou même peindre sur les deux faces de la toile, c’est le même processus de production qui s’effectue, répétant le mouvement de déplacement généralisé des intensités formant le devenir de l’espace lisse.

François, « Qu’est-ce que le SLAAF ?  Tentative de réflexion sur une expérience contemporaine  », p. 7 (non publié).

 

Au SLAAF, le principe est donc celui de la possible intervention de chacun sur les travaux des autres. Dans les faits, ceux qui veulent ajouter leur touche à un travail en cours en discuteront préalablement avec l’artiste initial. Les œuvres ont encore un auteur identifiable : on parle de « la mosaïque de François » ou des « poubelles de Selim ». Mais l’idée est là : l’artiste n’est plus en possession exclusive de son œuvre, il peut et doit co-créer avec d’autres.

Dans la suite du texte, François évoque la pratique de la récupération, en lien avec des considérations sur le fonctionnement du système capitaliste et sur l’économie du SLAAF. La fin du texte, toujours à haute teneur théorique, interroge la dimension « engagée » de l’art et insiste sur l’interdépendance du culturel, du politique et du social aux fondements du SLAAF. Il y est question d’engagement, d’implication, de rapports non mercantiles et à nouveau, d’ouverture aux autres, qu’ils soient artistes ou non : « L’organisation de repas, de rencontres, de fêtes, fait aussi partie de notre engagement » (p. 13).

Dans les faits, la question de l’ouverture ne se règle pas, bien sûr, aussi facilement. L’intégration de nouveaux artistes nécessite une forme d’élection : François m’explique que lorsque des personnes viennent lui demander s’ils peuvent occuper un espace, il répond qu’il faut repasser, commencer à travailler, voir si « ça le fait »… « C’est question d’affinités réciproques ! Tu peux pas venir et demander à bosser comme ça, sans connaître les gens ! » (18 janvier 2001). Mais ces propos ont été tenus deux mois après l’ouverture du squat. Il y a, à l’époque, beaucoup de passage de jeunes artistes dans le squat. Les squatters peuvent donc se permettre de sélectionner les candidats. Ils ne le font jamais formellement, mais l’accueil qu’ils leur réservent suffit à faire filtre.

Un postulant au SLAAF : récit de l’interaction

 

Ce jour là, je suis en train de boire un café au SLAAF, en compagnie de Réda, Selim, Yaz et Rabah. Ils viennent de rencontrer les adjoints à la culture de la mairie, avec lesquels un accord oral a été passé qui légaliserait leur présence. Yaz et Réda sont méfiants, mais l’ambiance générale est au beau fixe.

Vers 15h30, un jeune homme entre dans la pièce. Il n’a pas eu besoin de sonner : la porte est ouverte. Il dit « bonjour » et s’approche du petit groupe que nous formons autour de la table. Il demande : « c’est bien ici, le collectif d’artistes ? ». On lui dit très vite de s’asseoir. Il se présente : il s’appelle Oscar, il a 32 ans, est peintre. Il vit dans un hôtel « trois étoiles » dans le 1er arrondissement : « c’est nickel, c’est payé par les allocations ». Oscar a un accent populaire prononcé.

Il raconte un peu qui il est : il est né à Toulouse, est arrivé à l’âge de 4 ans à Marseille. Il a habité quelques temps au Frioul, avant de trouver sa chambre d’hôtel. Il a aujourd’hui des difficultés à peindre : il manque d’espace, il y a de la moquette par terre dans sa chambre d’hôtel et elle risquerait d’être abîmée. Rabah lui demande comment il a connu le SLAAF : par un article de La Provence.

Rabah lui explique que le SLAAF est une association. Oscar répond que tout ce qui est association, les « trucs administratifs », ça n’est « pas son truc ». Je pense comprendre qu’il veut signifier qu’il n’a pas l’expérience de ce type de structure et ne se sent pas capable de (ou ne souhaite pas) s’en occuper. On le rassure : qu’il ne s’inquiète pas, « ici il n’y a rien à signer ».

Oscar dit qu’il a besoin d’un lieu pour travailler et qu’ici, c’est pratique, car pas loin de chez lui. Il est un peu maladroit dans sa présentation, même si sa bonne volonté est évidente : il n’exprime pas de curiosité vis-à-vis de la démarche des occupants, ne signifie pas le désir de travailler avec eux… L’ambiance est à peine cordiale. Yaz répète deux fois « bienvenue », tentant de rompre la glace. Oscar roule un joint, qu’il fait tourner, comme pour avoir quelque chose à offrir et à partager.

Selim explique qu’ici il y a des « membres permanents », reparle brièvement de l’association, et lui dit que son installation sera difficile dans les 2-3 mois à venir, à cause des travaux qui devraient commencer [ils n’auront finalement jamais lieu]. Qu’il doit « trouver son mur », en sachant que rien n’appartient définitivement à personne et que quelqu’un peut intervenir sur ce qu’il fait, même s’il y a le respect de chacun. Oscar approuve timidement. Selim dit encore que les lieux ne sont pas fixes, et qu’ils sont, eux, des « artistes nomades ».

Oscar dit que l’espace est super. On lui conseille d’aller visiter, sans l’accompagner : « Tu n’as pas besoin de guide, personne n’est guide ici… ». Oscar n’est décidément pas un invité de marque. A son retour, Selim lui dit qu’il peut venir quand il y a quelqu’un dans les locaux, Yaz rajoute qu’il y a presque toujours quelqu’un.

Oscar s’en va, en disant « à bientôt, je repasserai ». Je ne sais pas s’il est jamais revenu, en tout cas il ne s’est pas installé durablement : je ne l’ai jamais recroisé.

Journal de terrain, 12 janvier 2001.

 

Par la suite, les occupants du SLAAF seront plutôt demandeurs : face à la présence de plus en plus massive des jeunes du quartier, les artistes désertent le lieu, alors même qu’ils ont besoin d’eux pour « occuper le terrain ». L’ouverture aux autres dépend donc bien entendu de qui est cet autre et sera variable dans le temps ; elle est aussi, on le verra, parfois plus subie que choisie. Il n’empêche : elle fait partie du projet fondateur du SLAAF, qui dès ses débuts entend être en lien avec d’autres problématiques et d’autres individus que ceux désignés comme explicitement « artistiques ». Cela ne surprend guère aux vues de la composition du groupe des occupants, eux-mêmes traversés par des interrogations liées à la précarité d’une part, à la création d’une autre.

Les artistes auxquels nous avons affaire ne sont ni connus ni reconnus dans le champ culturel, et il n’est pas certain qu’ils aspirent à l’être. En revanche, tous sont sensibilisés aux « questions sociales », qu’ils ne conçoivent pas comme un champ d’action ou de réflexion spécifique, mais dans une continuité logique avec leurs pratiques artistiques. Cette posture est à l’origine de leur ouverture aux autres, qui fait donc partie des postulats initiaux et consensuels du collectif.

Le besoin de se loger

Le projet culturel semble premier. Il est dès le départ pensé de manière non exclusive, en articulation avec d’autres usages du lieu, festifs et « sociables ». Le squat, on l’a dit, n’est pas l’idée première : l’objectif est de disposer d’un espace dans lequel « faire des choses » dans le domaine culturel et ce, de manière collective et en lien avec le quartier. Si le projet prend la forme du squat, c’est qu’un bâtiment vide et spacieux est découvert ; c’est aussi que certains (trois des sept occupants au moins) n’ont pas de logement stable.

Au moment de l’ouverture, Selim est hébergé alternativement par François et Eva. Ce n’est que par bribes que nous connaissons son histoire : Selim est né au Maroc. Il est arrivé en France à l’âge d’un an et demi. L’enfance est marquée par la violence, physique et psychique, par la figure d’un père abusif. Des études artistiques sont suivies d’une période d’errance, entre rue et hébergement. Quand nous le rencontrons, Selim nous dit avoir passé « un an dans la rue », sans que nous ne sachions précisément dans quelles conditions. Je me refuse à forcer le récit et comprends à demi-mots l’impérieuse nécessité de se loger. Selim a aussi passé une année « sans papiers » : il dispose d’un titre de séjour de dix ans, mais il est arrivé à expiration et il ne perçoit plus aucune aide (il est bénéficiaire du RMI). Il refera ses papiers pendant son séjour au squat. Selim est le premier avec Rabah à dormir quotidiennement au SLAAF, et c’est lui qui y passera certainement le plus de nuits.

Rabah, plus âgé que les autres squatters (ils ont autour de la trentaine, lui cinquante ans), est depuis peu installé à Marseille. Ses parents étaient marocains, mais il a essentiellement vécu en Algérie. Son père a émigré en France en 1963 et toute la famille a peu à peu suivi. Lui est demeuré en Algérie, en faisant des allers-retours fréquents avec la France, jusqu’en 1983. Les visas ont été ensuite plus difficiles à obtenir et les voyages se sont faits plus rares. A la fin des années 1990, il est sérieusement menacé du fait de ses activités de journaliste, et décide de s’établir en France. A la faveur d’un séjour au cours duquel il présente un ouvrage qu’il a publié sur l’Algérie, il dépose une demande d’asile territorial. Sa femme et ses enfants demeurent à Alger. Au moment de l’ouverture du squat, il est en attente d’une réponse de la préfecture (elle sera positive). Rabah a de la famille dans la région, mais il n’envisage pas de s’installer chez eux durablement. Au moment de l’ouverture du SLAAF il ne dispose d’aucune source de revenus et ne peut financer un logement indépendant. Il loge alors dans un foyer, parfois chez un parent. Rabah dort au SLAAF pendant toute la durée d’existence du squat, en alternance avec quelques jours ou semaines passées chez des connaissances (François plusieurs fois, une amie qui habite la Plaine…).

J’en sais un peu plus sur Réda. Il a 33 ans à l’ouverture du SLAAF. Originaire de Besançon, de mère algérienne et de père égyptien, il a été très tôt placé en internat chez les sœurs et a fréquenté des écoles privées. Mais l’école ne « l’intéresse pas », il perturbe les cours : en cinquième, il est réorienté « dans une école qui s’appelle classe de pré-niveau ou je ne sais pas quoi, où t’as que des gens qui parlent pas français ». Là, il est largement au-dessus du niveau et est à nouveau réorienté, vers un BEP comptabilité. Il fait finalement une quatrième et une troisième classiques puis quitte définitivement l’école. C’est peu de temps après qu’il connaît ses premiers squats.

« Tu peux me parler de ta première expérience, ta première rencontre avec les squats ?

Ben en fait, je squatte depuis toujours. En gros j’avais 15-16 ans, j’étais en Franche-Comté, et déjà là je vivais en squat et je partageais un appartement loué par d’autres personnes, on était une quinzaine à vivre dedans, à festoyer. Et après je suis monté à Paris, et puis à Berlin pour la chute du Mur et j’ai rencontré des gens qui squattaient. On va dire, j’étais à la naissance des squats à Berlin (…). Donc à Berlin, je suis allé là-bas pour le concert des Pink Floyd, et je savais pas où dormir. Et ce qui s’est passé c’est que les gens qui organisaient cette ville ont quitté les lieux, le mur est tombé ils se sont barrés, ils sont allés de l’autre côté parce que de l’autre côté c’est la richesse, ici c’est ouvert et c’est quand même plus intéressant de vivre là où il y a de la richesse… Et les artistes de l’ouest sont allés à l’est, ils ont récupéré des immeubles vides, ils ont trouvé une ville abandonnée, et j’ai un peu participé à la création du… J’ai participé un peu avec eux - enfin pas tellement parce que je ne parlais pas allemand, mais bon, j’étais là et je faisais du théâtre sans parole, donc ça les a intéressés. J’étais au Tacheles, et c’était vraiment un gros squat, le plus gros d’Europe, qui existe toujours aujourd’hui mais qui n’est plus un squat maintenant, qui est un des lieux les plus branchés, ils ont un bar, ils font du business. A l’époque il y avait une trentaine de squats dans Berlin, tous les soirs j’y allais. Et chemin faisant, en rentrant à Paris, je tombe sur Yabon, c’est une des figures du squat parisien ».

Réda, 7 janvier 2001, entretien n°19.

 

A Paris, pendant près de dix ans, Réda fréquente les squats d’artistes. Il y habite parfois, mais il vit aussi dans des campings, dans une voiture, chez des amis. Il exerce en tant que comédien, puis comme metteur en scène. L’art ne lui assurant pas des revenus suffisants, il fait mille métiers : guide touristique, éducateur, maçon… Lorsque je le rencontre, il perçoit le RMI et a de petits boulots d’appoint (par exemple le ramassage des prunes, peu avant l’entretien). Réda a en fait un long passé d’errance. Le terme, certainement, ne lui conviendrait pas. Car c’est de « nomadisme » dont parle Réda. S’il change souvent de lieu de vie, c’est qu’il a de multiples possibilités. C’est aussi qu’il fait du mouvement une philosophie de vie, voire un besoin. A l’entendre le squat ne s’impose pas comme une nécessité : il permet simplement, outre des expériences humaines et artistiques, d’assurer cette mobilité.

« Pour toi dans le squat, est-ce qu’il y a la notion de logement ?

Non. Parce qu’on a tous dix appartements à côté, tu vois… A Paris on va me prêter un appart là, un autre pour prendre ma douche, si je veux me reposer je vais dans un autre… J’ai jamais de problème de logement. Tu vois je veux aller à Paris, j’ai appelé une amie hier, elle est chez ses parents en ce moment à vingt kilomètres de Paris, elle me prête son appartement rue Mouffetard, il y a 200m², c’est un loft… Moi j’ai pas ce problème. Moi l’avocat il m’a demandé de remplir un dossier de demande de logement, je suis incapable de le faire ! J’ai pas cette notion d’appartement, j’en ai jamais eu. A Paris j’ai co-loué beaucoup. Mais je vais pas prendre un appartement sachant pertinemment que je peux pas rester plus de six mois quelque part, parce que ça me rend fou, quoi (…) Rimbaud c’était un nomade, et le nomade c’est celui qui a pas cette dimension de dire "je suis dans ma ville, dans mon appartement avec mon copain, ma marmite, ma  machine à laver", de figer sa vie dans quelque chose de complètement mortifère, quoi. Autant se faire une pyramide tout de suite tu vois, de s’enterrer vivant, se fermer toutes les  portes de l’aventure. Qu’est-ce que qu’il y a de plus beau qu’un jeune qui prend un baluchon et qui s’en va, qu’est-ce qu’il y a de plus beau quoi ? Moi les jours de mes départs, j’ai le cœur qui est à 200 km/h, je pars toujours le matin, il y a du soleil, tu sais pas où tu vas, tu ne sais pas ce qui va t’arriver, tu sais pas… Tu sais seulement que ça va être riche ! (…) Moi j’aime bien les nomades, je suis issu d’une famille… [inaudible]. Je trace la route, ça me fait peur leur stagnation, quand je me mets en mouvement je réveille quelque chose en moi, je me réveille. Sinon je m’endors, et je dors comme les autres, ils dorment mais ils ne s’en rendent pas compte, ils font toujours la même chose… ».

Réda, 7 janvier 2001, entretien n°19.

 

     La ville et ses territoires, 1997, p. 179.

     S’inspirant des travaux du Rhodes Livingston Institute sur la détribalisation, U. Hannerz (1996) énonce le concept de discriminant de rôle pour désigner l’ethnicité, l’âge et le sexe, qui déterminent les rôles qu’un individu peut adopter au sein d’une société donnée.

    Voir les photos 7 à 9 dans l’annexe 9.

     Il s’agit comme je le comprendrai plus tard d’une « installation » : des ampoules sont branchées sur le vélo, qui s’allument lorsqu’on pédale pour former une guirlande de Noël.

     L’enregistrement radio aura effectivement lieu. En 2005, j’entre (à la fois par amitié et par intérêt pour le projet) dans le Conseil d’administration du journal local gratuit et « citoyen » dont il est le rédacteur en chef, et qui paraît toujours aujourd’hui.

    Je n’ai pas habité au SLAAF et n’y ai jamais passé la nuit. Je résidais justement à l’Huilerie à l’époque du SLAAF et au moment où il aurait été possible de m’y installer, les conditions de sécurité m’en dissuadèrent. Mon logement se situait heureusement à moins de cinq minutes de marche du squat et j’ai pu m’y rendre fréquemment. Malgré cela, c’est ce terrain que j’ai choisi de présenter dans le détail. L’Huilerie, différent du CAJU à bien des égards (le squat est notamment beaucoup plus grand et plus « international »), présente également des redondances certaines avec ce premier terrain. Les mêmes personnes ont ouvert le CAJU et l’Huilerie, même si dans les deux cas, et comme cela se passe souvent dans les squats, d’autres personnes leur ont succédé. Le SLAAF en revanche émane d’un autre groupe. En dehors de quelques fêtes, les occupants des deux squats ne se fréquentent pas : ceux du SLAAF trouvent les habitants de l’Huilerie  fermés et arrogants, les seconds accusent les premiers d’être des « vendus » à la solde du pouvoir local.

     Terme dont on rappelle qu’il désigne chez P. Bourdieu un système de dispositions acquises, c’est-à-dire de manières d’être et de faire produits de toute l’expérience biographique, mais qui est aussi capable de générer, dans un contexte nouveau, des conduites innovantes (2002).

     Je n’ai malheureusement pas rencontré les voisins qui habitent au-dessus du SLAAF, et avec lesquels ils étaient en conflit. Les deux tentatives de prise de contact n’ont pas abouti (ils étaient absents). Le manque de temps ne m’a pas ensuite permis d’y remédier. J’ai pu cependant recueillir par divers canaux les raisons avancées de leur mécontentement, que je tenterai d’analyser à l’aune des récits livrés par les squatters d’une part, par des proches de ces voisins d’autre part.

     Ces rencontres ne se font pas bien sûr uniquement sur une base territoriale : elles mettent en relation des individus qui tous appartiennent aux « mondes de l’art » et qui tous, de diverses manières, sont en position de marginalité au sein de ces mondes. Il n’empêche que la proximité géographique et la fréquentation d’espaces communs ont joué.

    Nous utilisons bien sûr des pseudonymes, et avons substitué l’âge à la date de naissance, information moins identifiante.

    Nous savons aussi que Rabah a très peu de revenus : pas encore régularisé, il ne peut disposer du RMI et doit vivre sur ses maigres économies. Si François travaille pour la Ville, Pascal comme intermittent du spectacle et Julie pour l’Education nationale, nous ne savons pas précisément quelles sont les sources de revenu dont disposent Boris, Christelle et Yaz. Mais nous savons par ailleurs que Yaz n’a que peu de moyens financiers. On pourrait aussi faire le constat d’une plus grande précarité des « investis » sur les gens de passage. A l’exception de François, tous les squatters sont en situation de précarité -avec des nuances certainement, puisque certains disposent d’un logement propre (Yaz et Eva), d’autres non (Selim et Rabah). Ils sont aussi plus souvent issus de l’immigration (3/7 contre 1/6), et plus souvent de sexe masculin (6/7 contre 1/6).

    La posture est commune aux squats d’artistes, et plus globalement aux « nouvelles » pratiques culturelles. Les travaux universitaires sur les friches industrielles portent une attention soutenue à cette dimension. Voir en particulier la thèse de S. Kellenberger (2004) sur des squats d’artistes parisiens et londoniens, ainsi que F. Raffin (2002).

    François fait ici référence au texte de Gilles Deleuze et Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie (1980). L’espace lisse est un « espace de déplacements » non défini a priori par opposition à l’espace strié, « structuré, organisé, de type administratif ou fonctionnel » (p. 2).

    Il s’agit d’installations construites à partir de détritus, réflexion sur la société de consommation et la surproduction de déchets. Celles-ci susciteront l’incompréhension et le mécontentement d’une partie du voisinage, relayé par le président du Comité d’intérêt de quartier, qui fait paraître un article dans la presse locale dans lequel il mentionne les « poubelles qui n’ont rien d’artistique ».

    On lui présente quelques minutes plus tard la pétition de soutien au SLAAF, qu’il signera…

    Les visiteurs du squat pourraient certainement être classés en fonction de cet élément : certains ont droit à une « visite guidée » lors de leur première visite (ce fut mon cas, celui de l’avocat…), d’autres doivent la faire tout seuls !

    Nous aurons l’occasion de revenir sur cette interaction et d’en proposer de nouvelles interprétations.

    Il semble qu’il y ait eu alternance entre des séjours à l’hôtel et chez des proches. Il dit : « parfois je jouais au SDF, quand j’en avais marre d’errer, je prenais un carton dans la journée, je m’allongeais dessus, au soleil. » Nous ne savons pas si Selim a dormi dans la rue à proprement parler, mais cela paraît probable.

    Il pourrait demander la nationalité française, mais dit ne pas vouloir car « il faut des étrangers dans une société, c’est ça qui la fait vivre » (février 2001).

    Tous les habitants permanents du SLAAF, Rabah, Selim et Réda, dormiront en réalité régulièrement dans d’autres lieux, hébergés par des connaissances. C’est ainsi que pendant la première fermeture, durant l’hiver 2001, Selim dort chez Eva, Rabah chez François et Réda chez Franck.

    Le Tacheles a effectivement connu plusieurs phases, de son ouverture contestataire à son rachat par un groupe immobilier. Pour un historique de ce squat et un panorama de la situation générale des squats artistiques berlinois, on lira B. Grésillon, 2005.

    Au début des années 1980, on estime qu’il y a 120 maisons occupées à Berlin, abritant entre 3 000 et 5 000 personnes (Pucciarelli, 1996 : 36).

    Yabon est en effet une figure « historique » des squats parisiens. Il est notamment (avec d’autres) à l’origine du squat de la Bourse, ouvert en 1999 à Paris en face des locaux de l’Agence France Presse, et qui contribuera à la médiatisation des squats artistiques. Il s’engage ensuite dans la création de l’association Interface, dont l’objectif est de négocier avec les pouvoirs publics la réquisition d’espaces destinés aux artistes squatters.

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