L'assassinat comme un des beaux-arts

Publié le par Guillaume Fortin

Le corps nu est allongé à même le sol dans une position très artificielle : sur le flan, les fesses relevées présentant l’ouverture de l’anus, le visage défiguré redressé vers le plafond.

Dans cette posture invraisemblable, le corps gisant au sol semble offrir au regard tous les angles de vue possibles dans un seul plan.

Une coupe verticale entaille le ventre, les viscères sont visibles et dégorgent de l’abdomen, comblant le vide entre le sol et le corps proprement dit. Quatre projecteurs sont disposés autour suivant quatre angles opposés.

La présence abondante de poils sur les morceaux de peau encore visibles au niveau des fesses et de l’arrière des cuisses, laisse présumer qu’il s’agit d’un homme d’âge mûr. Le visage, déformé et barbouillé de rouge à lèvre, évoque, quant à lui, une ambiguïté sexuelle rappelant l’univers enfantin des poupées que les petites filles s’amusent à maquiller avec maladresse. L’ensemble du corps est en effet peinturluré de rouge à lèvre se mêlant aux taches de sang coagulé pour former des arabesques vermeilles grossièrement tracées. 

Le photographe de la PJ tourne autour du cadavre. Chacune de ses prises nécessite une bonne minute d’appréciation, de rectification d’angle de vue, de changement d’orientation d’un projecteur.

Au sol, la flaque écarlate encerclant le corps brille sous les spots. Les boyaux baignent dedans. Le rouge vif se mêle à des couleurs plus ternes allant jusqu’au gris foncé et au marron. Le dispositif éclairant la scène donne l’impression que la lumière émane du corps lui-même.

- Un règlement de compte entre PD ! Putain ! On aura tout vu ! grommelle le commandant Marquez à peine arrivé sur les lieux. 

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