LA GRANDE EVASION EN PANTOUFLES de Serge Scotto

Publié le par Guillaume Fortin

Un tueur en série anachronique, doublé d’un philosophe en pantoufles, pour une promenade assassine, loin des sentiers battus…

 

 

La grande évasion en pantoufles 

Edition Baleine Noire, 2010 

 

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Avec ce deuxième opus publié dans la précieuse, mais bon-marché, collection Baleine Noire,  Serge Scotto nous offre une nouvelle promenade assassine d’une fort sympathique mouture. Après le déjà très réjouissant Massacre à l’espadrille, voici donc les nouvelles aventures pédestres d’un tueur en série plutôt décalé et drolatique (quoique réellement fada dans son genre). Il ne faut pas s’attendre, dans cette Grande évasion en pantoufles, aux habituelles recettes du thriller dont on finit par se demander comment elles peuvent encore faire frissonner les foules, tant elles paraissent galvaudées aux amateurs d’avant-garde du genre. Point de suspense pour âme naïve, donc, ni d’autres artifices à rebondissements tout aussi multiples que propres à faire sourire le lecteur averti. Non. Rien de tout cela. Le style est plutôt ici à la balade (voire la ballade). Sorte de road movie littéraire  pimenté d’humour caustique et de dérision, le tout agrémenté d’un réjouissant penchant pour la subversion.

Le monologue intérieur d’un « monstre » mais aussi d’un philosophe dans le boudoir (on pense au gout de la subvertion d’un marquis de Sade ou d’une Gabrielle Wittkop, dans une version ici  plutôt roch'n roll ).

Philosophe assassin et dérangé dont je ne peux m’empêcher de citer ici quelques unes des plus croustillantes réflexions de taulard. Sur la prison, justement, et l’absurdité des fondements philosophiques de la peine carcérale comme solution au manquement à la règle sociale : « Ce n’est pas la solitude qui me pèse, j’ai toujours été un solitaire. C’est le manque de liberté. Pour le reste, ça va. On me fout la paix. Mais on m’a privé de liberté comme jadis papa me privait de dessert, pour m’emmerder… ». Ou sur les conséquences jusqu’au-boutistes de la liberté-absolue comme principe de vie : « L’obéissance est un vice. Non, j’ai toujours fait ce que j’ai voulu du mieux que j’ai pu, quitte à finir en prison ». Ou bien encore sur le mariage comme antithèse au versant esthétique du fameux choix existentiel kierkegaardien (Ou bien... ou bien) : « Tout ce que j’aime dans la vie, c’est qu’on me laisse tranquille et dans ce cas-là, épouser une cinglée ne sera jamais une bonne solution à la solitude, à mon avis. Il n’y a de toute façon que de mauvais compromis » (affirmation quelque peu misogyne, me direz-vous, mais la réciproque femme/homme ne vaut-elle pas également ?).

Je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même les autres perles de réflexions de ce penseur ès pantoufles, sur des thèmes aussi variés que la masturbation, la méditation transcendantale, ou le plaisir de tuer un brigadier de la gendarmerie d’un trou paumé, ou un propriétaire de villa zélé, lorsque ils s’avèrent être (comme c’est souvent le cas…) de gros cons…

Une évasion en pantoufles dont je vous laisse également découvrir l’ingénieux et peu commun dispositif, qui nous mènera de la cellule d’isolement à la morgue, aux errances assassines de la liberté retrouvée, en passant par un procès, la rencontre bucolique du charmant (mais trop naïf) « petit Jérémy », l’entretien post mortem d’un avocat célèbre avec son client, une prise d’otages dans une bonneterie et quelques meurtres de plus à l’actif de ce héros atypique.

Une ballade en forme de noir monologue intérieur, dans la veine du Jim Thomson de 1275 Âmes (soliloque d’un shérif ripou mais ô combien lucide à l’égard du petit monde qui l’entoure) ou du Selby Junior de Waiting period (soliloque d’un prétendant au suicide qui finit par s’en prendre à toute la société). Humour décalé et un brin méridional en plus.

Juste, peut-être, un bémol à mon goût : quelques baisses de régime au cours de la promenade, dont la perfection jubilatoire de l’entame peine à se maintenir au plus haut niveau tout au long du texte, comme c’était le cas dans le premier épisode de cette flânerie meurtrière, dont la conclusion de ce deuxième volet semble faire sonner le glas des péripéties. Triste sort ! Mais, qui sait ? La preuve ne nous est-elle pas fournie, dans ce même opus, qu’une âme peut persister à la mort clinique du corps. Et l’auteur, de nous laisser dans l’incertitude de l’existence d’un monde possible au-delà de la vie, et, pourquoi pas, de la fin d’un livre… Ne désespérons donc pas d’une prochaine évasion. Vers quel nouvel au-delà psychédélique, telle sera alors la question ?  

 

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Dup 13/07/2010 10:00


Belle chronique ma foi! Et du coup ce livre me tente bien!
J'aime ce type d'humour...je note, je note!