PARIS LA NUIT de Jérémie Guez

Publié le par Guillaume Fortin

Du roman noir français en clair-obscur

 

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La Tengo Editions 2011

 

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Le roman de Jérémie Guez Paris la nuit s’inscrit à mon sens dans une filiation littéraire qui se caractérise par cette capacité de décrire, de l’intérieur, des milieux populaires ou marginaux, en leur offrant une occasion d’être mis en lumière, souvent pour la première fois, dans un cadre qui ne leur est couramment pas réservé.

 

William Faulkner, John Steinbeck, Chester Himes, Donald Goines, Jim Thompson, Iceberg Slim, Hubert Selby Jr, ou encore ADG (exception française dans la lignée), comptent parmi les représentants de cette veine du roman noir dans laquelle Paris la nuit nous plonge, en évitant deux écueils majeurs.

 

Celui, tout d’abord, consistant pour l’auteur à multiplier les digressions (tendance littéraire très française et, dans ce domaine en tout cas, la plupart du temps contreproductive).

 

Épure stylistique et narration à la première personne nous permettent, au contraire, dans Paris la nuit, d’adhérer plus intimement au monologue intérieur d’un personnage dont l’économie du point de vue accentue encore cette impression d’immersion totale dans le non-sens de sa vie.

 

Second écueil évité : celui de l’effet de style « populo ». Pas de parlé « caillera », ni de volonté d’adhérer aux clichés véhiculés par les médias et les fictions formatées à la même source.

 

Ici, l’intention semble tout autre, et l’on s’en réjouit. Il s’agit de rendre compte de la perception d’un individu qui, tout fils d’immigré vivant dans un quartier populaire de la capitale qu’il est, n’en est pas moins doué de pensée, de jugement, et de libre arbitre. Ensemble de choses qui n’ont pas besoin, pour être rendues dans une fiction, des  habituels discours stigmatisants et stéréotypés qu’on nous sert immanquablement lorsqu’il s’agit de décrire les milieux de la jeune délinquance.

 

Ces deux écueils évités, le roman de Jérémie Guez peut déployer la singularité de son style sur la nuit profonde de la ville, et de la vie de quelques paumés, terrés dans l’indifférence d’un univers urbain dont ils sont le produit et dont ils reproduisent la vacuité du sens, nourris qu’ils sont d’abandon et d’altérité.

 

Ce roman contemporain d’un Paris en clair-obscur, nous brosse le portrait d’un noir destin qui brûle, comme en une nuit, la mèche d’un pétard nous brulerait les doigts, la poudre d’une drogue la cervelle, la balle d’un calibre la vie tout entière.       

  

       <guillaume.fortin.over-blog.com ©>

 

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